
Argument
L'image scientifique est le produit d'une série de transformations ; celles-ci s'ordonnent le long d'une chaîne qui va de la captation des données à la représentation visuelle des résultats de l'examen.
Or la nature, le statut et les conceptions de l'image scientifique ont toujours été affectées par l'évolution des techniques de transformation. En schématisant fortement, on peut distinguer trois phases dans ce cheminement : une phase iconique, une phase indicielle et une phase symbolique.
Avant l'invention de la photographie, régnait le dessin, dont la vertu première était la ressemblance : ressemblance avec ce qui était visible à l'oeil nu, ou avec ce que des instruments fonctionnant à une autre échelle (microscope, télescope) rendaient momentanément visible.
La photographie a mis l'indicialité au coeur du processus de représentation du visible. Si au début elle se donnait un rôle proche de celui qui était assigné au dessin — représenter de manière fidèle le domaine du visible — , certaines utilisations de l'équipement (par exemple avec la chronophotographie) ont montré qu'elle pouvait enregistrer des phénomènes se produisant en deçà ou au-delà de nos possibilités perceptives. Son rôle s'est donc déplacé : il s'agissait désormais de coupler le caractère contrôlable des données avec la vérifiabilité des résultats.
L'ère qui s'est ouverte il y a peu grâce aux techniques de numérisation, nous a davantage éloignés de l'idée d'une fidélité de l'image à l'expérience optique. L'image scientifique est désormais censée reconstruire des processus totalement cachés à la perception. Si elle les rend finalement visibles, c'est de manière synthétique, l'imagerie permettant d'opérer des transductions entre des données provenant d'instruments de captation très divers.
Toutes ces évolutions techniques ont visé un affinement du rapport entre fidélité aux processus à détecter et codage allographique (N. Goodman) des données : si avec le dessin c'était surtout l'expertise du producteur d'images qui était en jeu, et si, avec la photo, ce dernier se fiait au caractère apparemment mécanique de la transformation, aujourd'hui, avec l'imagerie, la densité de l'enchaînement des transformations a renforcé le caractère vérifiable et transmissible des résultats. Certes, l'indicialité — en tant que garantie de la relation entre le processus détecté et l'image produite — a toujours joué un rôle majeur dans les trois cas. Mais il s'agit d'indicialités de types différents : dans le cas du dessin, elle est suspendue à l'expertise manuelle et visuelle du producteur ; dans le cas de la photo, elle se fonde sur le procès physico-chimique de l'empreinte (affecté, il est vrai, par les réglages de l'appareil) ; dans l'imagerie, enfin, la garantie qu'elle apporte est obtenue par la transduction des données à travers un nombre important d'instruments se contrôlant mutuellement pour déboucher sur une commensurabilité finale.
Le but de ces journées scientifiques est de s'interroger sur les différentes conceptions de l'objectivité visuelle que les différentes techniques d'imagerie ont déployées et déploient. Si la nature et le statut de l'image scientifique sont étroitement liés à l'état de l'équipement qui produit cette image, comment joue exactement la relation qui les noue ? L'état des techniques détermine-t-il et oriente-t-il leur portée herméneutique, et la succession des paradigmes épistémologiques ? A l'inverse, les questions que l'image permet de poser orientent-elles les innovations en matière d'imagerie ?
Programme
Jeudi 23 octobre 9:00 Accueil par le Doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres 9:30-10:10 Sémir Badir, Maria Giulia Dondero (Université de Liège) 10:10-10:20 Anne Beyaert-Geslin & Hamid Belghazi (Université de Limoges), 11:10-11:20 Anne Beyaert-Geslin (Université de Limoges), 11 :20-12:00 Catherine Allamel-Raffin (Université de Strasbourg), Que nous dit la sémiotique visuelle quant à l'impossibilité d'atteindre un point de vue de nulle part dans les sciences empiriques ? 12:00-12:40 Yael Nazé (Université de Liège), 15:00-15:40 Rafael Mandressi (Centre Alexandre Koyré, CNRS), 15:40-16:20 Andrea Catellani (Université catholique de Louvain), 16:40-17:20 Jan Baetens (Université catholique de Leuven), 17:20-18:00 Stephanie Requier (FRFC-FNRS/Université de Liège), Vendredi 24 octobre 9 :30-10 :10 Jean-François Bordron (Université de Limoges), 10 :10-10 :50 Francis Edeline (Université de Liège), 11 :10- 11 :50 Sylvène Renoud (Université de Nantes), 11 :50-12 :30 Valeria Giardino (Institut Jean Nicod, CNRS-EHESS-ENS), 15 :00-15 :40 Yves Jeanneret (Université d'Avignon), 15 : 40-16 :20 Alvise Mattozzi (Université IUAV de Venise), 16 :40 – 17 :00 Jean-Marie Klinkenberg (Université de Liège),
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