Fabula, la recherche en littérature ()

A. de Baecque, L'Histoire caméra

Parution livre

Information publiée le vendredi 3 octobre 2008 par Fabula


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Antoine de Baecque, L'HISTOIRE-CAMÉRA, Paris, Gallimard, coll. "Bibliothèque des Histoires", série illustrée, 02-10-2008, 496 p.

Isbn (ean13): 9782070763689.
39,50 €


Présentation de l'éditeur:

L'histoire a toujours fasciné le cinéma. En témoigne, depuis les origines, l'attirance des metteurs en scène pour les reconstitutions historiques. Très vite, également, elle s'est invitée dans les images, transformant les films en archives visuelles du XXe siècle. Ces deux mouvements – l'histoire reconstituée et l'histoire surgissant à l'écran – manifestent la rencontre du cinéma et de l'histoire : le cinéma donne une forme à l'histoire, laquelle, en retour, y inscrit son empreinte comme sur une plaque sensible. Le septième art aurait-il une dimension historique intrinsèque ? La réponse d'Antoine de Baecque est sans équivoque : « La forme cinématographique est de part en part historique, et le cinéaste, doté de son outil, l'histoire-caméra, un historien privilégié. »
Le cinéma moderne d'après la Seconde Guerre mondiale incarne l'irruption de cet « âge de l'histoire » dans la vision des films. Il fournit à lui seul toute la matière de ce livre : les oeuvres des années 1950, confrontées en regards caméra au traumatisme de la mort de masse  ; celles de la Nouvelle Vague, quand le style se fait trace du mal-être de la jeunesse sur fond de guerre d'Algérie  ; les fims « démodernes » du cinéma russe d'après le communisme  ; le cinéma hollywoodien contemporain, où se reflètent les fictions maîtresses du 11-Septembre. S'y ajoutent les mises en forme de Sacha Guitry, filmant l'histoire de France en son château, de Jean-Luc Godard, qui fait resurgir l'histoire dans la mémoire muséale du siècle, et de Peter Watkins, qui la traque comme un reporter de guerre.



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On peut lire un article sur cet ouvrage sur le site nonfiction.fr:

"L'histoire comme clé d'interprétation du cinéma…"


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Dans Le Monde du 2/10/8, on pouvait lire un article de J.-L. Douin sur cet ouvrage ainsi que sur un autre livre d'A. de Baecque:

L'HISTOIRE-CAMÉRA d'Antoine de Baecque. Gallimard, "Bibliothèque illustrée des Histoires", 496 p., 39,50 €.

FEU SUR LE QUARTIER GÉNÉRAL ! d'Antoine de Baecque. Cahiers du cinéma, "Petite bibliothèque", 284 p., 12 €.


Sortir de la logique guerrière de la cinéphilie, qui privilégie les polémiques et les luttes de clans, les invectives et les batailles de revues, ne pas "voyager dans la névrose d'une communauté irascible" : credo d'un homme qui écrivit l'histoire des Cahiers du cinéma, en fut le rédacteur en chef dans les années 1990, avant d'avoir des responsabilités à Libération, et qui a toujours refusé la caricature que l'on attendait de lui : "Une position de garde-chiourme de l'Histoire quand elle passe à l'écran."

Historien d'un côté, cinéphile de l'autre (il récuserait à juste titre ce partage des savoirs entre deux disciplines qu'il souhaite explorer en coexistence pacifique), Antoine de Baecque raconte son cheminement dans l'avant-propos d'un livre passionnant, recueils de textes et d'entretiens qu'il mena dans le cadre de ses activités journalistiques. Outre, donc, ses conversations avec Derrida, Rancière, Farge, Revel, Furet, Godard, Resnais et d'autres, Feu sur le quartier général ! évoque l'aveuglement de ceux qui, inquisiteurs des salles obscures, le soupçonnaient d'instrumentaliser tout film dans une lecture de l'histoire et de le vider de son essence cinématographique, et des gardiens du temple de Clio qui, dès qu'il signa dans les journaux, le rangèrent parmi ceux qui menacent la rigueur et la science historique.

Il explique sa démarche : repenser le cinéma comme l'un des moteurs de l'histoire du XXe siècle. Le film, dit-il, "sera "vu" avec les textes qui le commentent, l'accompagnent, l'accueillent, avec les gestes cérémoniels qui en guident la vision, avec les événements politiques qui en commandent la compréhension, avec les bouleversements sociaux qui en changent la compréhension, avec les mutations économiques qui en déterminent la technique et la mutation". Pour de Baecque, il n'y a d'histoire que comparée, et son travail s'insère dans un processus de relais de l'histoire par le cinéma, et vice versa.

Cette façon de penser fut celle de Siegfried Kracauer, de Walter Benjamin, elle est celle de Natalie Zemon Davis qui a montré que les modes narratifs du cinéma ont transformé l'écriture de l'histoire, elle est aussi celle de Jean-Luc Godard qui, dans ses Histoire (s) du cinéma, place les films en relation avec les autres arts qui les nourrissent "ou les différentes écritures qui les côtoient".

Le magnifique ouvrage qu'il publie cette semaine est au diapason de cette méthode : "Convoquer le mélange des genres, des références et des influences, le montage des chronologies, le rapprochement parfois aléatoire des géographies, le mêlement des arts et des disciplines." Il stipule qu'une histoire du cinéma ne peut plus être conçue comme un ouvrage chronologique et encyclopédique, mais comme une histoire du siècle et de son rapport aux images.

L'Histoire-caméra, titre-t-il : allusion à ce qu'il considère comme le symptôme du cinéma moderne, ce fameux regard-caméra inventé par Ingmar Bergman dans Monika en 1952 (l'actrice Harriett Andersson fixant l'objectif, et brisant de ce fait le tabou attaché à la place consignée au spectateur), que l'on retrouve chez Rossellini (regards de femmes enfermées dans un asile psychiatrique, dans Europe 51), chez Resnais (regards des survivants décharnés des camps dans Nuit et Brouillard, ou des femmes japonaises irradiées par la bombe, dans Hiroshima mon amour). "Regarder la caméra, écrit de Baecque, c'est figurer le témoignage absolu", et, au-delà du spectateur dévisagé, sonder l'espèce humaine. Le cinéma, dès lors, ne cessera de faire allusion à la mort de masse dans ses fictions, de faire retour sur l'extermination. Exemples : Charlie Chaplin tournant le dos à Charlot, incarnation du juif errant, pour filmer Monsieur Verdoux, évocation d'un bureaucrate zélé de la mort en série "poussant à bout les logiques économiques d'un marché de l'élimination". Ou Hitchcock acharné après-guerre à figurer le meurtre sadique.

Un chapitre est consacré à la Nouvelle Vague : pour montrer comment s'y prirent ses jeunes turcs pour clamer qu'ils étaient mal à l'aise avec leur temps. Un autre à Peter Watkins, le cinéaste anglais qui inventa l'art de filmer l'histoire comme un reportage, un faux documentaire, la bataille de Culloden en 1746 ou la Commune de Paris prises sur le vif, avec interviews des protagonistes. De Baecque raconte comment le cinéma de l'Est reflète l'effondrement du communisme, et comment Hollywood, après avoir retracé l'histoire d'une nation, s'est mis à dépeindre les angoisses américaines, à multiplier les films catastrophe, à intégrer la tragédie du 11-Septembre.

Légitimement, 45 pages sont consacrées à Godard et à son art de fabriquer une image historique en rapprochant deux objets, deux personnes, deux temps, deux idées. Cinéma et histoire : art et science du montage."



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