Fabula, la recherche en littérature ()

N. Fernandez de Moratin, L'Art des putains (1770).

Parution livre (édition)

Information publiée le jeudi 18 septembre 2008 par Marc Escola


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L'art des putains
Nicolas Fernandez de Moratin

Paru le : 20/08/2008
Editeur : Dilecta
Collection : Bibliothèque des curieux

EAN : 9782916275376

Prix éditeur : 13,00€


Madrid est une fête pour qui sait s'y prendre ! Sous prétexte d'offrir au jeune apprenti libertin un guide pratique des plus fringantes prostituées de la ville, Nicolas F. de Moratin (1737-1780) brosse une facétieuse galerie de portraits féminins, assortie d'ingénieuses combines de chasse. Dans une capitale animée de fêtes, de corridas ou de théâtres, célèbre pour le caractère et la beauté de ses femmes, il est indispensable d'être le plus malin, afin de déjouer les ruses des putains et de leurs maquerelles. L'Art des putains - écrit entre 1767 et 1772 - est une oeuvre maîtresse de la littérature libertine espagnole, traduite ici en français pour la première fois.


* * *

Dans Le Monde des livres daté du 19/9/8, on pouvait lire un article de P. Kéchichian consacré à cet ouvrage:


"Les libertins français ont souvent manqué de fantaisie. Comme Sade, ils sont même parfois devenus carrément funèbres. Ou, comme les protagonistes des Liaisons dangereuses, froids, calculateurs, témoins cyniques de l'épuisement du plaisir. Plus souvent, tout occupé à échauffer le lecteur, l'écrivain libertin a indéfiniment répété les mêmes figures et postures, mimé les mêmes soupirs et pâmoisons, saturant puis endormant l'attention qu'on aurait voulu prêter aux situations les plus piquantes.

Un peu guindé et conformiste, l'esprit français n'aurait sans doute jamais accouché de cette petite perle aux étranges reflets qui a pour titre El Arte de las putas. Datant des années 1770 et signé par Nicolás Fernández de Moratín (1737-1780), notable et dramaturge espagnol appartenant à ce qui fut nommé le "premier romantisme", ce petit traité en quatre chants et en hendécasyllabes, propose un éloge parodique et enjoué de l'amour physique. Assez loin des figures de prostituées que l'on croise dans la littérature française ou anglaise, la putain, ici, joue autrement du savoir pratique sur la jouissance dont elle est la garante. Quant au commerce qu'elle fait d'elle-même, il est parfaitement licite. Comme il est licite pour le client d'obtenir, par la tromperie, par la ruse ou par les compliments, plus de faveurs que celles qu'on voulait bien lui accorder.

Dans la préface de cette première traduction de L'Art des putains (une édition de 1830 a pour titre El Arte de putear... "L'Art de putaner" pourrait-on dire en français), Jean M. Goulemot analyse cet écrit. "Texte carnavalesque", dit-il, dont "il faut souligner (les) aspects parodiques multiples et divers". Quant à la forme que l'auteur a donnée à "ce long défilé des putains et de leurs vertus", il "n'est pas sans rappeler l'évocation des héros propre au discours antique ou les formes litaniques de l'hagiographie populaire". Moratín va parfois jusqu'au "délire verbal" afin d'imiter "l'animalité de la geste amoureuse".

Homme des Lumières, Moratín partage les idées de son temps sur la sexualité. Comme Diderot, il considère l'activité sexuelle comme un fait de nature qui ne relève ni de la morale ni de la religion... Tout "le bataillon de Vénus" s'offre aux "fiers gaillards de Madrid"... "Ah ! méprisables auteurs !, s'écrie Moratín, vous fondez la vertu sur l'abstinence d'une chose essentielle et nullement redoutable..."

La traduction de Frédéric Prot, autant que l'on puisse en juger, est excellente quant à sa langue et à son rythme. De belles gravures de Thomas Verny, en noir et blanc, comme chez Félix Vallotton, agrémentent cette édition."





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