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Études littéraires vol 39 no 1 automne 2007 - Le verset moderne

Parution revue

Information publiée le lundi 25 août 2008 par Gabriel Marcoux-Chabot (source : Érudit)


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Fondée en 1968, Études littéraires est la revue du Département des littératures de l'Université Laval. Elle publie, en français, des « dossiers » et des « analyses » portant principalement sur les littératures d'expression française mais aussi sur les autres littératures, surtout dans une perspective comparatiste. D'orientation théorique et critique, Études littéraires vise à faire état de la recherche actuelle dans la discipline des études littéraires en s'intéressant à des questions et des corpus variés, tant générériques, qu'historiques et thématiques. La revue publie également une section « débats » autour d'ouvrages de critique et de théorie récemment publiés.



Vol. 39, no 1 (automne 2007) - Le verset moderne
Sous la direction de Nelson Charest



Nelson Charest
Présentation



ÉTUDES


Guilhem Labouret
Aux sources du verset moderne : le verset chez Lamennais, entre exégèse et invention
D'où vient le verset moderne ? Comment Lamennais a-t-il pu choisir cette forme essentiellement biblique pour rédiger Paroles d'un croyant en 1834 ? C'est sa fonction de témoignage que semble tout d'abord trouver Lamennais dans le verset. Mais ce sera surtout sa fonction poétique qui se révélera au fond la plus intéressante. Parce qu'il ouvre la poésie sur un au-delà du vers et de la prose, et qu'il offre un retour salvateur à une parole originelle, le verset mennaisien joue un rôle de libérateur de la langue, faisant éclater tous les carcans formels de la poésie romantique.


Carla Van den Bergh
Le rôle du verset lors de la transition du grand poème au petit poème en prose, dans les années 1830-1840 en France : pertes et profits
Dans les années 1830-1840, la poésie biblique connaît une recrudescence en France. Durant ces mêmes années, la poésie en prose aboutit à la cristallisation du petit poème en prose, comme l'a montré Nathalie Vincent-Munnia. De la rencontre de ces deux tendances dérive déjà le poème en prose biblique, dont Christian Leroy a exposé la tradition de simplicité depuis Télémaque. La nouveauté réside dans l'attention portée au verset comme forme possible du poème en prose, dans la tradition du poème en prose biblique, mais aussi dans les tâtonnements formels et critiques autour du petit poème en prose. Le verset parvient-il à s'imposer comme forme inédite d'un genre nouveau de poème ? Ou son usage doit-il s'inscrire exclusivement dans le genre du grand poème ? N'est-il pas voué par son origine à porter des connotations éthiques pouvant être reversées à un usage polémique ou politique ? Une quête du verset se fait jour à cette époque. Dans la pratique, le verset se définit, d'une part, par le parallélisme, dans les pastiches bibliques, et, d'autre part, par un rythme hérité de la prose nombreuse, dans des oeuvres qui le marquent cependant de leur sceau didactique. Dans la critique littéraire, le verset apparaît comme une catégorie opératoire destinée à mettre en valeur un nouveau type de petit poème en prose. Identifié comme une forme brève et rythmée, le verset va dépendre, pour sa consécration, de l'évolution des genres de niveau supérieur.


Romain Vaissermann
Le verset et la tentation des alexandrins. L'écriture poétique de Péguy à un moment charnière : 1911
Un lecteur attentif à l'intertextualité qui est à l'oeuvre dans la trilogie des Mystères de Jeanne d'Arc, largement inspirés de la Bible et de la liturgie catholique, doit appeler « verset » leur forme poétique. Ce dernier règne en seul maître dans Le porche du mystère de la deuxième vertu. Il y est étudié pour sa ressemblance avec le vers. Quel est le nombre des dodécasyllabes au sein des versets ? Péguy adopte-t-il une stratégie d'évitement de l'alexandrin ? L'auteur du Porche n'a pas dû aller au-delà de l'imitation du style biblique pour conquérir la liberté rythmique de son écriture.


Jean-François Bourgeault
Défaillances du verset. Réflexions à partir de Jean Grosjean
Comment distinguer le verset du vers libre ? Comment le distinguer de la prose ? Suspendu entre ces deux catégories qui souvent se l'annexent et en effacent le nom, le verset apparaît sur la carte moderne du vers comme une réalité intersticielle, hantée par son aspect volatile, presque impossible à isoler à l'état pur. Loin de vouloir combler ce vide d'essence, cet article voudrait interroger le sens qu'il pourrait prendre dans la modernité qui est la nôtre. Chez Jean Grosjean, notamment, c'est le verset qui sert d'icône prosodique au « dieu en perdition » : l'épuisement de la voix qu'entraîne souvent sa récitation recoupe l'ontologie d'un dieu défaillant, dont l'expiration est le principal mode d'existence. « Verset » n'est donc pas seulement le nom d'un type de vers, c'est aussi la proposition d'une forme de pensée historique dont on cherche ici à interroger la fécondité.


Luc Bonenfant
Modernité générique et usages formels du verset dans Les atmosphères de Jean-Aubert Loranger
Cet article s'intéresse au verset dans Les atmosphères afin de montrer que celui-ci fonde un procès d'échange générique alors inédit dans la littérature québécoise. L'examen successif des trois parties du recueil révèle que le verset est une forme labile qui permet à l'auteur d'affirmer le sens moderne de son entreprise. Grâce à l'alternance qu'il produit entre les silences des blancs et le souffle court de la parole, le verset dit en définitive le pouvoir poétique de la prose. Sur le plan formel et typographique, il installe une modernité esthétique qui permet au livre d'échapper à toute tentative de classification.


Michèle Aquien
Une forme paradoxale : le verset claudélien dans Tête d'Or
La forme élue par Claudel a été nommée verset — lui parlait de vers. Elle se caractérise par une typographie qui rappelle celle du vers, la division extrême, la grande diversité de longueur d'un verset à l'autre, sans régularité métrique. La coupure se fait ou non sur une articulation logique ou sur un suspens. La recherche est celle de la variation, de l'émotion et de la discontinuité. Claudel joue ainsi entre deux règnes : entre langue écrite et langue parlée, mais aussi entre vers régulier et prose. Adaptée à ses désirs de liberté, de souffle et de mouvement, cette forme n'est pas inventée par lui, mais il se l'est appropriée. C'est ce qui permet, malgré toutes les réserves théoriques, de parler de verset claudélien.


Ildikó Szilagyi
Le verset : entre le vers et le paragraphe
Cet article s'interroge sur les caractéristiques formelles du verset moderne, considéré comme une forme intermédiaire entre le vers libre et le poème en prose. Dans un premier temps, l'auteure s'intéresse à la composante graphique des versets (la typographie et la ponctuation). Elle aborde ensuite la question controversée de la « survie » de la tradition métrique dans la poésie moderne. Pour finir, elle s'efforce de montrer comment l'unité du verset est assurée par son organisation rythmique, phonétique et syntaxique. Une place importante est accordée aux constructions parallèles et répétitives participant à l'organisation structurelle des poèmes. Les analyses portent sur les recueils de Claudel, Saint-John Perse et Senghor.


Antonio Rodriguez
Verset et déstabilisation narrative dans la poésie contemporaine
La poésie française, dès 1980, permet d'interroger les variations historiques du verset et ses actualisations les plus récentes. Si une indétermination marque d'emblée cette forme, il apparaît progressivement que la porosité entre vers et prose engage une déstabilisation manifeste des identités discursives en poésie. Ainsi se détache-t-on de la seule structuration lyrique du verset pour l'associer à la trame narrative. Le verset contemporain favorise l'entrelacement des discours davantage que leur distinction. C'est ce que montrent les études sur la narrativité déceptive chez James Sacré et Olivier Barbarant, ainsi que sur la dimension épique chez Hervé Micolet.


Nelson Charest
L'ouverture du verset
Cet article est divisé en deux parties : une première où nous faisons un survol des définitions du verset, afin de montrer que celles-ci s'orchestrent autour de deux enjeux, la finale et l'alinéa ; et une seconde où nous étudions quelques incipit de cinq poètes qui ont écrit en versets, soit Claudel, Segalen, Saint-John Perse, Senghor et Glissant. Nous voulons ainsi démontrer l'importance de « l'ouverture » du verset dans sa définition.


Benoît Conort
Si verset il y a…
Partant des définitions de différents dictionnaires, l'article analyse la perception contemporaine du verset du point de vue du critique comme de l'écrivain, et présente quelques définitions possibles de cet objet peu saisissable qui tiendraient compte de sa spécificité plutôt que de son assimilation tantôt au vers, tantôt à la prose.



ANALYSES


Catherine Boschian
L'Hérodiade de Mallarmé à travers la figure revisitée de saint Jean-Baptiste
Mallarmé se démarque des écrivains qui traitent le thème d'Hérodiade en faisant de Jean-le-Baptiste la figure centrale d'une oeuvre inachevée, où le « Cantique de saint Jean » devient le Symbole de son esthétique. Les fragments d'Hérodiade, fruits d'une longue gestation, sont le théâtre où s'affrontent drame religieux et drame poétique dans une quête spirituelle qui voit triompher le génie poétique. Ce dernier éclôt avec l'effacement du poète. Subsiste une religion sans Dieu, qui participe à l'avènement d'une poésie conçue comme reconstitution.


Valérie Granjean
Les ymagiers fin-de-siècle
La poétique des symbolistes, qui place l'idée au centre d'une symbolique verbale exigeant du lecteur une herméneutique à la fois intellectuelle et sensuelle, s'inspire de l'art mystique des ymagiers tailleurs de pierre et des moines poètes de l'antiphonaire. Ce recours à une conception mystique de l'art ne fait pas pour autant l'économie de la matière dont elle se veut aussi l'herméneute. Malgré les accusations d'archaïsme que cette poétique eut à subir de la part de l'idéologie progressiste de la IIIe République, elle rejoint les avancées les plus neuves de l'épistémologie du temps : dans leurs légendes dorées, les symbolistes envisagent la matière verbale comme une transformatrice aléatoire d'énergie.



Url de référence :
http://www.erudit.org/revue/etudlitt/2007/v39/n1/index.html

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