

Le corps sans vie de Tony Duvert a été retrouvé à son domicile de Thoré-la-Rochette, mercredi 20 août, alors qu'il était décédé depuis au moins un mois. L'écrivain s'était retiré dans ce petit village du Loir-et-Cher il y a près de vingt ans, et il y vivait reclus depuis.
Né en 1945, Tony Duvert a publié son premier son premier ouvrage, Récidive, en 1967, aux Éditions de Minuit, qui ont édité tous les suivants, notamment Journal d'un innocent (1976) et Quand mourut Jonathan (1978). En 1973, son roman Paysage de fantaisie a obtenu le prix Médicis. L'écrivain avait cessé de publier depuis le début des années 1980 et s'était totalement retiré de la vie publique.
P. Assouline consacre un billet à cet écrivain sur son blog Larepubliquedeslivres:
"Mort d'un écrivain à Thoré-la-Rochette".
Extrait de l'article paru dans Libération:
"Le corps délivré", par E. Loret:
"[…] En 1973, le Figaro pouvait donc écrire tranquillement, à propos de Paysage de fantaisie, que «de la perversion la plus vertigineuse, mystérieusement naît […] l'innocence». Bertrand Poirot-Delpech, dans le Monde, voyait dans l'autobiographique Journal d'un innocent (1976), une «ligne de partage [non pas] entre homosexuels et hétérosexuels, mais bien entre l'humanité et les cafards, ceux qui aiment le plaisir et les autres.»
Aujourd'hui, l'écrivain, l'éditeur et les journalistes littéraires sympathisants iraient tous en prison si de tels livres étaient publiés et chroniqués. Et pourtant, c'est plus de littérature qu'il est question chez Duvert, que de socratiser les petits enfants, en ce que la littérature est un outil politique. Ses premiers textes paraissent en 1967. Ecrits au couteau, brûlants, ils côtoient l'imaginaire d'un Augiéras ou d'un Guyotat. Roland Barthes, jury du prix Médicis en 1973, soutient et fait gagner ce jeune auteur de 28 ans contre Bernard Noël, pourtant son ami. On lui trouve des affinités avec le Nouveau Roman à ses débuts, il abandonne vers la fin l'expérimentation pour parler «la langue Guy des Cars»(entretien avec Guy Hocquenghem et Marc Voline dans Libération du 10-11 avril 1979). Voulant changer la vie, il estime qu'il faut être entendu par tous. La carrière littéraire de Duvert dure à peine plus de dix ans, avec une coda un peu décevante, l'Abécédaire malveillant (1989)."