
Romantisme, revue du dix-neuvième siècle, 2009-4, « Les polices du langage ».
Le XIXe siècle peut aisément apparaître comme un temps où se sont trouvées privilégiées toutes sortes de mises en règle, en ordre, en norme – dans tous les domaines, du politique au linguistique. On aurait tort de faire du triomphe du positivisme la raison unique de cette systématisation généralisée ; force est de constater que, dans le domaine grammatical, le désir de recadrer la langue s'inscrit dans l'héritage direct des Encyclopédistes et concerne tous les camps, qu'il s'agisse de réformer l'orthographe (1835), de synthétiser toutes les propositions des grammairiens précédents dans des grammaires des grammaires (Girault-Duvivier) ou des grammaires nationales (Bescherelle) de plus en plus autoritaires, d'enfermer le lexique (Littré, Larousse) ou l'histoire du français (Chasles, Littré, Petit de Jullevile ouvrent la voie à Brunot qui débutera son grand oeuvre en 1905) dans des ouvrages aussi rigoureux qu'exhaustifs. La volonté tant de corriger les dérives aristocratiques de l'ancien régime dans l'usage trop libre de la langue que d'imposer un français uniforme et pur pour aider à la marginalisation des autres langues, qui sont encore majoritaires en France, trouvera à s'exprimer dans l'exploitation des capacités contraignantes de l'école et du texte imprimé.
Dans le premier cas, la généralisation de l'emploi dans les classes de grammaires scolaires spécifiques qui imposent des règles très précises d'usage interdit ou rigidifie un certain nombre d'emplois de la langue classique en laissant un champ de plus en plus grand au développement de tous les purismes (lexicaux, syntaxiques, stylistiques). Dans le second et concomitamment, les règles typographiques toujours plus précises que appliquent éditeurs et imprimeurs iront de plus en plus souvent à l'encontre des désirs d'écrivains qui se retrouvent corrigés malgré eux, comme le trahissent les correspondances de V. Hugo, de G. Sand, de Mallarmé et de tant d'autres, et obligés parfois de rentrer en résistance.
Ce numéro de la revue Romantisme aura pour objectif principal de rendre compte de la façon dont toutes ces « polices de la langue » ont pu jouer sur l'évolution de l'écrit, particulièrement littéraire ou considéré comme tel, au cours du siècle, y compris dans une approche éventuellement comparatiste avec d'autres cultures. On y privilégiera les propositions critiques qui tenteront de rendre compte des conséquences d'un phénomène de grande amplitude (changements linguistiques déterminants, conséquences durables de modifications typographiques, normes éditoriales nouvelles, etc.) afin de participer à l'élaboration d'une histoire poïétique du XIXe siècle à inventer.
Les personnes intéressées peuvent envoyer une proposition d'article (un titre et un résumé d'une dizaine de lignes) d'ici le 30 septembre à Jacques Dürenmatt (jdurrenmatt@gmail.com). Les textes des articles devront être envoyés au plus tard le 30 mars 2009.
[responsable scientifique du numéro : Jacques Dürenmatt, université Tououse-Le Mirail, jdurrenmatt@gmail.com]
Colloque international "Théâtre et nation"
Hypnos. Pour une histoire de l’inconscient.
Variance, variantes, variations
Les représentations du livre et des métiers du livre dans la fiction
L'enseignant non natif : identités et légitimité dans l'enseignement-apprentissage des langues
Femmes, culture et pouvoir : relectures de l’histoire au féminin
Reconfiguring Boundaries: Shaping the Self
Discours rapporté, citations et pratiques intersémiotiques
Configurations of Cultural Amnesia