
Si le questionnement du (des) genre(s) a émergé assez tardivement en
France, il constitue l'un des axes fondamentaux d'analyse de la culture
et de la société dans la recherche germanophone, souvent plus avancée
sur le sujet. Par-delà les contextes nationaux et les traditions
universitaires toutefois, l'un des postulats des Gender / Queer Studies
est de penser le genre à partir de sa performativité, c'est-à-dire de
définir les constructions genrées comme résultant d'actes discursifs,
notamment narratifs. Par ailleurs, la parution en français des textes
de Judith Butler sur la théorie du genre a lieu alors même que la
philosophe aborde une réflexion centrée sur la narration de soi, comme
en témoigne la traduction de son ouvrage Le récit de soi [2005], Paris,
PUF, 2007. Considérant le « phénomène-retard » propre à la réception
française de Butler, il semble opportun de se confronter aux avancées
des chercheurs germanophones sur le sujet. Enfin, la question des
narrations et de leurs circulations est au coeur de la recherche (cf.
Christian Salmon, Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et
à formater les esprits, Paris, La Découverte, 2007).
Partant de ce double constat, la présente journée d'étude
franco-allemande a pour objectif de procéder à une lecture approfondie
de la problématique « genre(s) et narration(s) » et d'interroger les
modes privilégiés d'expression du genre (mode ludique, mimétique,
expérimental, normatif, subversif, etc.) et de mise en voix narrative.
Paul Ricoeur signalait déjà que « l'histoire d'une vie ne cesse d'être
refigurée par toutes les histoires véridiques ou fictives qu'un sujet
raconte sur lui-même. Cette refiguration fait de la vie elle-même un
tissu d'histoires racontées ». Cette refiguration est alors une manière
signifiante pour soi de ré-agencer son récit propre pour les autres, au
moyen de masques et – serait-on tenté d'ajouter – de travestissements.
Axe 1 : Le pouvoir genré des mots
Il faut avant tout disposer de normes – psychologiques, sociales – et
de pouvoirs – discursif, politique, religieux – pour dire le genre.
Quelles sont les contraintes qui encadrent la performance et quel est
le poids historique des représentations dans ce domaine ? « Je » narré
/ narrant : le sujet peut-il narrer le genre sans pour autant être
objectivé dans son propre récit et, partant, dépossédé de lui-même ?
Axe 2 : La fabrique du récit genré
Pour qu'un récit soit communicable, il faut qu'il soit compréhensible
par d'autres. En effet, n'avons-nous pas recours dans nos performances
genrées à des trames collectives, à des scripts préexistants
socialement compréhensibles, sinon validés, qui, parce que nous les
incorporons en les ré-assemblant sans cesse, finissent par nous
ressembler ? Existe-t-il des modèles de tels agencements narratifs, des
« modèles du genre » ? Existe-t-il, enfin, des formes narratives
privilégiées qui permettent une re-signification des genres ?
Axe 3 : Fragments du genre
Ou bien le genre-performance est-il impossible à stabiliser ? Le genre
serait-il le domaine par excellence du fragmentaire et de l'éclaté ?
L'interpellation vient-elle interrompre la narration ? Peut-on parler
de « narrations secrètes », ce qui implique des processus d'encodage et
de décodage parfois difficiles à déchiffrer ? Pour que le récit du
genre reste subversif, doit-il demeurer caché ?
Cette journée d'étude aura pour vocation de confronter les spécificités
« nationales » de la recherche sur la question et de constituer un
réseau durable de jeunes chercheurs travaillant sur les questions de
genre, en France et en Allemagne notamment. Nous invitons les
participants à proposer des modèles théoriques et à expérimenter des
méthodes pour appréhender la narration du genre (analyse du discours,
narratologie, histoire orale, Konversationsanalyse…).
Cette journée d'études soutenue par le CIERA qui s'adresse de manière privilégiée aux jeunes chercheurs aura lieu les 13 et 14 mars 2009 à Paris (École des Hautes Études en Sciences Sociales).
Une participation aux frais de transport et d'hébergement est prévue. Une publication est souhaitée.
Les propositions doivent faire une page maximum et être accompagnées
d'un bref CV. Les propositions en allemand sont à envoyer à Cécile
Chamayou-Kuhn (cecile.chamayou@wanadoo.fr) et les propositions en
français à Patrick Farges (patrick.farges@univ-paris3.fr) le 15 octobre 2008 au plus tard.
Les corps en scène : acteurs et personnages pasoliniens
Publication électronique de thèses et mémoires de recherche
VIIe colloque international Christine de Pizan
Convergences / Divergences : Au carrefour des idées (Colloque estudiantin)
Echos: espaces et trajectoires de la résonance
Hommage international à Fernando Ainsa
Colloque des jeunes chercheur(e)s de la SQET
Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses
Les pratiques itinérantes dans l'art contemporain
Nouvelles géographies littéraires : les mouvances du discours critique