Fabula, la recherche en littérature (appels)

Microcosme et macrocosme les avatars une idée

Appel à contribution

Information publiée le mardi 17 juin 2008 par Bérenger Boulay (source : Camille Tauveron)

Date limite : 15 septembre 2008


Microcosme et macrocosme, les avatars d'une idée

Journées d'étude « Ésotérisme Littérature Philosophie », à l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, 12-13 décembre 2008

Le principe selon lequel un réseau d'analogies occultes relierait le monde d'en bas avec le monde d'en haut constitue, selon l'historien A. Faivre, le premier élément fondamental de la pensée ésotérique occidentale. Selon les textes platoniciens, gnostiques et hermético-alexandrins, abondamment glosés au Moyen Âge par les Pères et les docteurs de l'Église, puis repris inlassablement à la Renaissance par les érudits hermétisants et par les kabbalistes chrétiens, l'homme et l'univers, microcosme et macrocosme, ne peuvent être lus ni compris qu'en regard, car ils se contiennent – et s'illustrent – mutuellement.

Dans l'histoire de l'ésotérisme occidental, on sait que cette idée n'est pas demeurée stérile. Pendant des siècles, elle a servi de modèle théorique sous-jacent aux pratiques de l'alchimie et de l'astrologie ainsi que, dans la culture juive, à celles de la kabbale. Après avoir joui d'un nouvel essor à la Renaissance, elle a ensuite inspiré la médecine holistique de Paracelse, la théosophie mystique de Böhme, les fresques visionnaires de l'au-delà de Swedenborg. Si, à partir de la fin du XVIIe siècle, les sciences de la Nature l'ont jugée non pertinente pour l'explication des phénomènes physiques, elle n'en était pas moins, désormais, profondément enracinée dans l'imaginaire philosophique, artistique et littéraire de l'Occident.

S'interroger, dans une perspective interdisciplinaire, sur la présence – ou sur la résurgence – de ce modèle de pensée au sein de différents domaines de la littérature et de la pensée occidentale depuis le Moyen Âge, cela revient, selon nous, à relever deux genres de défis. D'un côté, il s'agit de comprendre quelles sont les formes esthétiques et sémiotiques qu'a pu revêtir le principe d'analogie micro-macrocosmique, une fois qu'on l'a dégagé de son contexte naturel, de type spéculatif, pour l'appliquer à des contextes différents, littéraires, artistiques ou autres. La diversité virtuelle de ces formes tient, nous semble-t-il, à la nature même du principe en question, qui s'avère être d'une souplesse et d'une générativité remarquables (que l'on songe par exemple à l'imagerie médiévale de l'homme-microcosme, développée par des auteurs tels Hugues de Saint-Victor et Hildegarde de Bingen, et dont les traces se
retrouvent dans les romans en vulgaire de la même époque, ou aux ramifications, fort connues, de l'idée de correspondances chez Baudelaire, ou encore aux poèmes « cosmiques » du dernier T.S. Eliot). En filigrane de cette réflexion, il y a évidemment la question plus générale, qu'il ne faut pas perdre de vue, de l'influence du mode de pensée dit « ésotérique » sur les arts et la littérature occidentaux. Sans avoir l'audace de vouloir épuiser un tel sujet, nous voudrions tout de même esquisser les traits principaux de cette interaction.

À un deuxième niveau, l'étude de ce genre d'emprunts favorise le retour de la réflexion sur le modèle de pensée en question. D'où provient, en effet, l'idée de l'analogie micro-macrocosmique, pivot conceptuel autour duquel se sont organisés, au sein de notre culture, quelques millénaires de spéculations anthropologiques et cosmologiques, mais qui est répandue également dans les traditions religieuses d'Orient? Qu'est-ce qui l'a rendue aux yeux de l'homme occidental, des siècles durant, un instrument apte à penser le réel? Et enfin: à notre époque, l'époque du « désenchantement du monde », quelle est la fonction d'un modèle de pensée célébrant la cohésion ontologique de toutes choses, assurée par d'invisibles signatures, et réaffirmant, par là même, l'unité ultime de l'univers? C'est à ce genre de questions, croyons-nous, que l'étude des avatars philosophiques, littéraires et artistiques de l'idée d'analogie
micro-macrocosmique peut apporter des premiers éléments de réponse.

Nous aimerions accueillir des intervenants aux champs de recherche variés (philosophie, littérature française, étrangère et comparée, histoire de l'art...).

Les propositions de communication (un titre et une page) sont à adresser avant le 15 septembre 2008 par mail à Camille Tauveron (camille.tauveron@gmail.com) et à Francesco Baroni (francesco.baroni@ens.fr).


Responsable : Francesco Baroni, Camille Tauveron

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