Fabula, la recherche en littérature ()

LHT n° 6: "Tombeaux pour la littérature : histoire et rhétorique d’un genre critique"

Appel à contribution de LHT

Information publiée le lundi 16 juin 2008 par Alexandre Gefen

Date limite : 15 novembre 2008

LHT n° 6. Tombeaux pour la littérature : histoire et rhétorique d'un genre critique. Numéro coordonné par Alexandre Gefen


« ÉPOQUE (LA NÔTRE). Tonner contre elle. Se plaindre de ce qu'elle n'est pas poétique. L'appeler époque de transition, de décadence », conseillait Flaubert en 1880 dans son Dictionnaire des idées reçues. Force est de constater que les modernes n'ont pas cessé de jouer les Cassandre : nous disposons désormais d'une aussi grande variété de théories de la naissance de la littérature ou de sa modernité que de prophéties de son désenchantement, de son désastre, de sa fin. Tout se passe comme si le discours critique sur la mort de la littérature constituait un objet polémique communément partageable – si ce n'est un véritable genre critique : Richard Millet stigmatise leDésenchantement de la littérature, Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, Lionel Ruffel pense notre époque comme Dénouement, William Marx comme Adieu à la littérature, Antoine Compagnon fait le constat d'un « épuisement » de l'espace littéraire que, dans un essai sous-titré La Fin de la littérature, Dominique Maingueneau dénonce avec virulence

D'une telle agonie programmée et comme désirée, on peut analyser la symptomatique, voire chanter les délices (Roland Barthes ne faisait-il pas remarquer que, comme le phosphore, la littérature brûle d'un plus bel éclat sur sa fin ?) Le cadavre de « feue la littérature » bouge encore : des conjectures catastrophistes, on peut s'amuser comme d'un lieu commun et adopter, à l'instar de Flaubert, un humour relativiste – ou au contraire, s'en défier au nom de cette même humeur et en venir à redouter les idéologies de l'apocalypse et leurs auteurs. Si, « depuis le xixe, la littérature n'a cessé de mettre en scène sa propre fin », comme le suggère William Marx, tout se passe comme si le discours apocalyptique sur le dernier écrivain, la fin de partie, le grand oeuvre conclusif ou le ressassement des formes avait une histoire, des histoires, bien antérieures au discours hégélien sur la fin de l'art et peut-être aussi anciennes que la production artistique. Ce numéro de LHT se demandera simplement : à quoi bon ces récits ? Pourquoi vouloir voir mourir la littérature ? De quoi les antiennes sur la fin de la littérature sont, sur le plan critique comme sur le plan poétique, la possibilité ?

On essaiera ainsi de mettre en série et d'historiciser ce phénomène critique dans ses modes, de se demander de quelle vision de l'histoire littéraire il procède, de réfléchir à la théorie de l'expression artistique qu'il mobilise. Ce que nous avons lentement appris à appeler « littérature » peut-elle se passer d'une aussi sinistre rhétorique, d'autant de spectres, d'autant de tombeaux ? Quels sont les téléologies, les modèles théoriques, les représentations fonctionnelles (biologiques, historiques, astronomiques, etc.) invoqués ? Comment la « fin de la littérature » (comme idée, comme espace, comme valeur, comme mode d'expression, comme pouvoir) s'articule-t-elle dans le discours critique avec le devenir historique des courants et des formes ? Quels rapports existe-t-il entre les interrogations franco-françaises (l'aveuglement formaliste, la ruine d'une tradition, le déclin d'une aristocratie, etc.) et les spéculations des théoriciens étrangers de la post-modernité (Frederic Jameson, Alvin Kerman, Karatani Kojin), sur la liquidation de la littérature à l'heure de la fin de l'histoire ? Et si tout discours sur la fin est autant une axiologie qu'une chronique, on se demandera : qui en sont les auteurs et les victimes ? Dans quelle mesure ces positions déclinologiques sont-elles co-produites ou intériorisées par les écrivains ? Quels rôles jouent de tels discours dans l'échiquier des positions critiques ?


Les textes, de libre longueur, sont à adresser par mail avant le 15 novembre 2008 à Alexandre Gefen (gefen@fabula.org) et Jean-Louis Jeannelle (jeannelle@fabula.org), qui les soumettront anonymement au comité de lecture de la revue.


Responsable : Alexandre Gefen

Url de référence :
http://www.fabula.org/lht/appels.html

Citer