Fabula, la recherche en littérature (debats)

L'IMEC attaque un site Céline

Divers

Information publiée le vendredi 8 juin 2001 par Alexandre Gefen


Un site Internet consacré à Céline vient d'être assigné par l'Imec à payer près de 10 000 f. par an pour avoir mis en ligne quelques une des photos les plus connues de L. F. Céline, affaire qui scandalise nombre de sites consacrés à la littérature, dont le nôtre, qui estime que ce type de reproduction de documents à des fins scientifiques non lucratives ne sauraient être assimilé à une utilisation commerciale malhonnête.

Voic par exemple la réaction de François Bon, auquel nous nous associons :



mardi 5 juin - je retransmets tel quel ci-dessous message transmis par Litor - il fallait bien qu'une telle question se pose un jour ou l'autre - Internet est un fait accompli - ne pas y être présent avec nos recherches, nos ateliers personnels, nos textes, serait une condamnation à court terme non pas pour nous personnellement, mais simplement pour la vie culturelle, et peut-être, un peu plus largement, la place même de notre langue -

quiconque a fréquenté ces temps-ci, en France ou ailleurs, les salles informatiques en libre-service des universités, comprendra l'intérêt vital d'être à cet endroit dans le dialogue, dans les propositions de lecture -

il nous semble, à nous qui animons des sites littéraires, que ce n'est pas incompatible avec l'édition graphique, et qu'au contraire nous contribuons à maintenir vivant, subversif, l'engagement littéraire le plus ancien -

les sites des libraires, de Compagnie à Ombres Blanches via Sauramps, Dialogue ou La Machine à Lire, le confirmeraient aussi - les sites les plus vivants d'éditeurs, Verdier, POL, Bourgois, Actes Sud, sont ceux qui relèvent le défi de ressources en ligne - sur le site remue.net, une cinquantaine d'auteurs contemporains sont présents, incluant des extraits, des textes difficiles à se procurer, des entretiens -

si POL me demandait demain de retirer de mon site les extraits d'auteurs dont il détient le copyright, je fermerais tout simplement boutique : laquelle boutique ne vise qu'à faire connaître, librement, à temps et fonds perdus, ce qui moi m'excite esthétiquement - quand me parviennent dans les mains, dérangeants, questionnants, les livres de Christophe Tarkos ou de Nathalie Quintane, j'en parle et je les cite sur mes pages, et si j'en faisais chaque fois la demande à POL il me trouverait sans doute fatigant -

et une moitié seulement des 4500 consultations mensuelles (33 000 pages ouvertes mensuellement) de remue.net proviennent de France -

on sait très bien qu'il ne peut y avoir sur le Net des versions du Grand Meaulnes, mais j'aimerais bien savoir si les sites pour lesquels Gallimard n'a pas protesté, pour des textes dont il détient les droits, Apollinaire ou Cendrars, ont lésé en quoi que ce soit la diffusion de ces livres - pour Céline, via le travail de Henri Godard par exemple et le centre de recherches de Jussieu, quiconque prétendrait n'être pas traversé, même de très loin, par les questions que posent l'homme et l'oeuvre ?

il ne s'agit pas de légiférer... et peut-être même pas de dialoguer avec un éditeur qui annonçait récemment la mort d'un de ses propres auteurs, et très grand, André du Bouchet, sous la rubrique clignotante "Nouveautés" de son site... mais mieux vaut parler de tout cela maintenant et y réfléchir ensemble - et le faire savoir, en particulier les amis libraires et éditeurs, à l'IMEC...

François Bon

voir à l'adresse suivante la mise en demeure par avocat interposé faite au site québecois par l'IMEC http://mapageweb.umontreal.ca/lafleche/po/im.html

le site IMEC : http://www.imec-archives.com/



le message de Patrick Rebollar (LITOR)

Aux membres de Litor,

Ce message initialement diffusé sur la liste Balzac-L. Mille petits faits, depuis deux ou trois ans, montrent le mouvement général d'extension de tous les droits (d'auteur, de propriété intellectuelle, etc.) sur internet, au détriment de la liberté d'expression, de l'enseignement et de la recherche. La judiciarisation de tous les litiges veut créer une terreur elle aussi mondialisée. Qu'en pensent les membres de LITOR ? Y en a-t-il qui soutiennent ce mouvement ? Et le cas échéant, pourquoi ? Sinon, que faire ?

Le modérateur : Patrick Rebollar



le message initial de Guy Laflèche (Université de Montreal)

Chers amis, bonjour !

Je vous ai déjà signalé l'attaque de la maison Gallimard contre le site «Louis-Ferdinand Céline». Nous avons été nombreux, comme on peut le lire sur le site, à trouver que l'action de Gallimard contre un site littéraire d'une rare qualité (sur un auteur qui ne s'y prête vraiment pas!) n'était pas raisonnable, puisqu'au contraire Gallimard, où nous achetons tous les romans de Céline, devrait offrir son aide à l'auteur bénévole du site, David Desvérité, de même qu'au _Bulletin célinien_, dirigé par Marc Laudelout, qui en est le principal partenaire. Les droits d'auteur et les droits de reproduction ne sont ici nullement en cause, puisqu'il s'agissait d'illustrer le site de quelques très brefs extraits des romans que nous achetons tous (je le répète) dans les collections de Gallimard et de textes inaccessibles actuellement en librairie. Honte à Gallimard. Or voilà qu'on remet cela.

Il faut dire que Gallimard fait partie, mais ce n'est probablement qu'un hasard, du Comité de direction de l'IMEC, l'Institut «Mémoire de l'édition contemporaine».

Le site «Céline» diffusait treize photographies de Céline, avec l'accord du propriétaire d'une bonne partie d'entre elles, avant son décès, l'autre partie appartenant à la succession Destouches, dont les administrateurs étaient liés d'amitié à ce site jusqu'ici. Tout à coup, ON SE DEMANDE POURQUOI!, l'IMEC réclame 10.000FF par année pour ces photos! Professeur à l'Université de Montréal, spécialiste de l'oeuvre de Louis-Ferdinand Destouches dit Céline, j'ai protesté énergiquement auprès de l'IMEC : d'accord! dis-je en substance, les droits de gérance et de reproduction des photographies du site «Céline» vous appartiennent, absolument personne ne le conteste, mais ne pourriez-vous pas, tout de même, agir de manière non seulement civilisée, mais essayer de vous entendre avec David Desvérité, le responsable du site qui fait justement la plus extraordinaire publicité à vos collections?...

J'ai ajouté que si l'on ne répondait pas favorablement à ma requête ou si on la laissait sans réponse j'allais faire appel à vous, de la liste Balzac. Je commencerais à lancer ainsi une campagne de soutien au site «Céline» contre l'IMEC sur Internet. Vous ne le croirez pas, mais la réponse est venue cinq jours plus tard: j'ai reçu, à titre de professeur à l'Université de Montréal, une MISE EN DEMEURE du Cabinet Pierrat de Paris, avec copie à mon Université! Une mise en demeure de me taire, de ne pas faire appel à vous, je ne sais trop... J'ai répondu aussitôt, aux bons soins des avocats de Paris. Je n'en ai encore reçu aucune réponse. Je crois qu'il y a là un comportement scandaleux qui doit être dénoncé. Vous trouverez facilement tout le dossier de l'affaire que j'ai mis en orbite dans mes fichiers à l'adresse suivante : Je vous serais extrêmement reconnaissant faire connaître le présent message et encore plus, bien entendu, de protester auprès de l'IMEC, et par solidarité pour un professeur, et surtout pour défendre un site responsable de très grande qualité sur l'un des grands romanciers français du XXe siècle orchestré bénévolement, comme le _Bulletin célinien_, par des chercheurs, des animateurs, des écrivains et des artistes qui méritent tout notre soutien, David Desvérité et Marc Laudelout.

Pensez-y : au coût où a été payé l'inestimable manuscrit de _Voyage au bout de la nuit_ ces dernières semaines, ne serait-il pas raisonnable qu'un important site internet de la littérature française, qui est justement consacré à l'auteur de ce manuscrit-là, mérite un peu l'aide (toute modeste) des gros et des riches qui profitent des textes et des photos de l'auteur maudit? En espérant que vous ne serez pas indifférents à mon appel, je suis tout à fait prêt à discuter avec vous de toutes les implications de cette affaire. Je pense en effet qu'après quelques échanges des plus engagés d'entre vous sur Balzac nous pourrions mettre en place une action commune responsable qui permettrait honorablement à l'IMEC (et peut-être même à Gallimard!) d'en venir à une entente profitable avec le site «Céline».

Bien cordialement,

Guy Laflèche

Département des études françaises, Université de Montréal C.P. 6128, succ. Centre-Ville, Montréal H3C 3J7


Url de référence :
http://www.remue.net/celine1.html

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