Fabula, la recherche en littérature (debats)

L'université au service de l'entreprise? L'avis de la nouvelle présidente d'Harvard.

Points de vue et débats

Information publiée le jeudi 29 novembre 2007 par Marc Escola


Le site Sauvons la Recherche vient de mettre
en ligne, à la date du 28 novembre 2007, le texte suivant:


La nouvelle présidente d’Harvard refuse de mettre l’université au service de
l’entreprise



Article paru dans "The New York Time" du 13 octobre 2007 (www.nytimes.com)


Drew Gilpin Faust, première présidente de l’université d’Harvard, a pris ses
fonctions vendredi 12 octobre 2007 avec un discours offensif de défense des
valeurs de l’enseignement supérieur qui seraient menacées par les exigences
d’évaluation des enseignements et l’obligation de former la main-d’oeuvre
destinée à une économie mondialisée. Selon la présidente, "l’essence même de
l’université est qu’elle est comptable vis-à-vis du passé et du futur, pas
simplement et pas même en premier lieu, vis-à-vis du présent".

Pour Drew Gilpin Faust, historienne de formation et ancienne directrice du
Radcliffe Institute for Advanced Study, "l’université, ce n’est pas
seulement les résultats financiers du prochain trimestre. Ce n’est même pas
ce qu’un étudiant est devenu au moment de la remise de son diplôme. Il
s’agit d’un enseignement qui modèle à vie, un enseignement qui transmet
l’héritage des millénaires, un enseignement qui façonne l’avenir." Elle
s’est clairement et fortement opposée dans son discours aux tentatives de
l’État fédéral de rendre les universités comptables de ce qu’elles
enseignent en essayant de le quantifier. Elle en a appelé aux universités
afin qu’elles "prennent l’initiative en définissant elles-mêmes ce dont
elles sont comptables".

DIVERSIFIER LES EFFECTIFS

Son discours inaugural a également apporté une défense ferme du rôle
traditionnel de l’université qui est "l’organisatrice d’une tradition
vivante", mais aussi un lieu "pour les philosophes autant que pour les
scientifiques", où l’enseignement et la connaissance sont valorisés en
partie "parce qu’ils définissent ce qui, à travers les siècles, a fait de
nous des humains et pas parce qu’ils peuvent améliorer notre compétitivité
mondiale".

Elle a en outre signalé sa volonté de rendre l’enseignement à Harvard
"disponible et accessible", et de diversifier les effectifs de
l’université : "Ceux qui regrettent un âge d’or perdu de l’enseignement
supérieur devraient penser à la partie très limitée de la population à qui
cette utopie était destinée. L’université était réservée à une petite
élite ; désormais, elle sert les masses, pas seulement quelques
privilégiés." Elle ajoute que les universités américaines ont servi "à la
fois d’emblème et de moteur pour l’expansion de la citoyenneté, de l’égalité
et des chances accordées aux Noirs, aux femmes, aux Juifs, aux immigrants et
à d’autres groupes qui auraient été mis dans des quotas voire exclus à des
époques antérieures". Même si elle a axé son discours sur les idées, Drew
Gilpin Faust n’a pas oublié de rappeler qu’il était indispensable qu’Harvard
soit à la pointe de la recherche scientifique mais que cela ne devait pas se
faire au détriment des valeurs humanistes de l’établissement : "Il est
urgent pour nous de poser les questions d’éthique et de sens de notre action
qui nous permettront de nous confronter à la signification humaine, sociale
et morale de notre relation changeante avec le monde qui nous entoure."


Url de référence :
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1774

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