
Les rhétoriques néolibérales ambiantes pourraient nous laisser croire que nous vivons dans un monde de la circulation libre sans entraves ; un monde où les biens et les personnes pourraient migrer et refluer à loisir à travers le globe comme des particules se distribuant selon un équilibre homéostatique. En vérité, l’échange des biens (matériels et immatériels), de moyens et de personnes à travers des géographies physiques bien réelles correspond difficilement à une telle image. Les flux globaux de biens et d’humains convergent vers des détroits physiques et systémiques où ceux-ci sont ralentis, condensés et en deviennent tangibles. Les limites géophysiques des ces détroits n’indiquent pas simplement que le marché mondialisé par-delà les restrictions terrestres n’est pas encore entièrement réalisé ; elles garantissent aussi la persistance même de ce marché par-delà les inégalités qu’il produit.
Bien souvent, les détroits sont le lieu d’une canalisation politique et deviennent ainsi un instrument d’identification et de sélection qui possède lui-même une longue histoire. Après l’euphorie initiale, les passagers voulant s’embarquer pour le Nouveau Monde depuis des ports espagnols devaient se soumettre à des procédures d’identification strictes à partir de la moitié du XVIe siècle déjà ; des procédures renouvelées à l’autre rive au début du XXe siècle pour leurs lointains descendants parqués à des points d’entrée comme Ellis Island.
Depuis les débuts de l’époque moderne donc, l’accroissement de la mobilité a été corrélé à une histoire de son contrôle. Suez et Panama ne sont pas que de simples étapes vers une circulation mondialisée sans restriction, elles sont tout autant des marques de sa régulation stricte. Ces impasses – des zones de passage, ces espaces de transit qui à la fois circonscrivent et restreignent les échanges – devraient attirer notre attention plus que jamais, car c’est là que les mécanismes de la mondialisation, ce phénomène si diffus, deviennent palpables.
Artiste invitée: Yto Barrada (Tanger)
La Casa de la Contratación de Séville. Une écluse entre Ancien et Nouveau Monde
Bernhard Siegert (Weimar)
Avec la découverte du continent américain émerge également, pour la Couronne espagnole, le problème de son contrôle. Face à l'impossibilité de réguler ce territoire encore vierge et inconnu, on institua du côté européen un goulet par lequel toute personne mais également tout objet dut transiter pour pouvoir passer au Nouveau Monde. Ce goulet, la Casa de la Contratación, fondée au début du XVIe siècle, est le lieu où l'étre décrit et inscrit cesse d'être le privilège des puissants pour devenir un instrument disciplinaire.
Lire la suite... To Canalize is to Colonialize. The Saint-Simonians Invent ModernityParis, around 1830: A few young both romantic and industrial men, influenced by the thought of economist Henri de Saint-Simon, try set up an utopian program of social change through technology. If the influential political ideas of the Saint-Simonians are well known, far less so are their involvement in the French colonialism where they became influential politicians, military leaders and entrepreneurs. Saint-Simons social utopia of thorough communication is paradoxically realized through the main entrepreneurial breakthroughs, namely Suez and Panama where canalization proves to be the most effective mean of colonization.
Lire la suite... Ellis Island ou l'antichambre de la libertéEntre 1892 et 1954, lorsque le système fut définitivement aboli, des millions d'émigrants européens passèrent par Ellis Island où les autorités américaines décidèrent s'ils pourraient entrer sur le territoire américain ou s'ils devraient retourner vers leur pays d'origine. Dans les photographies d'Augustus F. Sherman, le secrétaire du commissioner d'Ellis Island, se manifeste la tragédie de ces destins qui sont dans ces images typologisantes dérobés de leur singularité.
Lire la suite... Straits: 8-Bit ResolutionUsing the definitions for “strait” in the Oxford English Dictionary as a generative tool, Richard Smyth composed eight fragments or “bits” guided by the polysemous wandering of the word’s various meanings. With connotations ranging from garments and signification to contract law and scrupulous morality, in addition to the standard associations with nautical exploration and narrow boundaries, the rich fabric of the word points to a way of thinking about thinking that may reflect the various impasses that a flat world presents to its denizens.
Lire la suite... Channelling – The Suez Canal and the Strait of GibraltarThe historian Valeska Huber analyzes how Port Said on the edge of the Suez Canal was the place of a rite de passage around 1900 where nevertheless, beyond all the belle époque's ideals of free travelling, the emergence of a new kind of globalized channelling becomes visible. She then moves to Gibraltar which, hundred years later and on the other end of the Mediterranean, has become the new stereotypical rite de passage for young European tourists experiencing the easily available exotic, while in the other direction it symbolises the barrier between Africa and Europe, policed through an EU commissioned coastal guard.
Lire la suite... Prisonniers du passage. Pour une ethnographie des zones d’attenteA partir d'un travail de terrain mené sur les zones d'attente aux frontières des pays occidentaux, la politologue Chowra Makaremi s'interroge sur le paradoxe que constitue le projet d' “enfermer des personnes dans les frontières”. Son texte se développe en écho au travail documentaire du photogrape Olivier Aubert sur la Zone d’Attente pour Personnes en Instances (ZAPI) de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle.
Lire la suite... Wireless Estrecho. The Strait as a political laboratory
Gibraltar is not only one of the most controlled areas of the world, it is also the spot for a new political experiment. Born out of of the indymedia movement, a collective from both sides of the Straits joins regularly in order to study the possibilities of a transborder space. Its most spectacular achievement has been the realization of a wi-fi zone covering the straits between Tarifa and Tangiers.
Lire la suite... Détroit, détresseLa photographe franco-marocaine (*1971) a trouvé un idiome visuel pour exprimer l'extrême proximité et en même temps l'incomparable distance qui sépare deux mondes des deux côtés du Détroit (de Gibraltar). Dans sa série A life full of holes - The Straits Project dont cette image est tirée, elle a expliqué par l'image pourquoi en arabe comme dans de nombreuses autres langues, étroitesse (dayq) et détresse (mutadayeq) sont toujours intimement liés.
Lire la suite...Alexis Léger dit Saint-John Perse (Renaud Meltz)
Le Toucher des philosophes. Sartre, Nietzsche et Barthes au piano, Pari (François Noudelmann)
Le Noir. Histoire d'une couleur (Michel Pastoureau)
Ce que cachent les titres (Gary Dexter,)
Vivre le sens (Collectif, sous la dir. de J. Kristeva (Centre Roland Barthes)
Une vie de Pierre Ménard (Michel Lafon)
La Consolation de philosophie (Boèce)
K. Gutzwiller, A Guide to Hellenistic Literature,
L. Ashe, Fiction and History in England, 1066-1200,
L. Villalonga, Un été à Majorque
B. Formis (dir), Gestes à l'oeuvre
M. A. Diaconu, Qui a peur d'Emile Cioran? (Cui i-e frica de Emil Cioran?)
C. Reggiani, C. Stolz & L. Susini (dir.), Styles, genres, auteurs. Volume 8 (Agrégation 2009)
A. Garrait-Bourrier, I. Bockting (dir.), Passion de la guerre et guerre des passions
M. Kebbas, A. Kassoul, M. M. Lakhdar, Mouloud Mammeri
P. Poirrier (dir.), L'Histoire culturelle : un "tournant mondial" dans l'historiographie ?
G. Saba, Théophile de Viau : un poète rebelle (reprint) [agrégation 2009]
L.-G. Tin, L'Invention de la culture hétérosexuelle
E. Hoppenot (éd.), Maurice Blanchot, de proche en proche
Ford Madox Ford. Literary Networks and Cultural Transformations.