Fabula, la recherche en littérature ()

Littérature à stéréotype

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Information publiée le vendredi 15 juin 2007 par Camille Esmein (source : Odile Gannier)


Loxias, n° 17: Littérature à stéréotype

Actes de la journée d'études, Nice, 23 février 2007. Sous la direction de Odile Gannier

Ce numéro de Loxias publie les actes d'une journée d'études organisée par Odile Gannier dans le cadre du CTEL, le 23 février 2007, sur les "Littératures à stéréotypes". Les contributions font le point, à travers des analyses de textes très divers du Moyen Âge à nos jours, sur l'usage des stéréotypes dans le récit, des "scènes à faire", des motifs narratifs identifiables dont les combinaisons sont souvent caractéristiques de genres.

Extrait de l'éditorial

La notion de stéréotype qui va nous occuper ici est une forme « syntaxique » de combinaisons plus complexes. Du point de vue narratif, ce concept de topique est moins fréquemment utilisé dans l’analyse purement littéraire (qu’elle s’applique à la création romanesque ou théâtrale), où l’on parle plutôt de séquence, ou de motif récurrent. Dans bien des cas, la fiction narrative repose sur une combinaison de stéréotypes narratifs identifiables, qui fonctionnent dans le texte comme des micro-schémas directeurs, susceptibles de s’engrener les uns dans les autres. Le numéro 8 de Communications avait en 1966 publié entre autres, après une introduction de Roland Barthes « à l’analyse structurale des récits » les analyses devenues classiques de Claude Bremond, qui s’interrogeait sur la « logique des possibles narratifs », et d’Umberto Eco, analysant la combinatoire narrative dans les aventures de James Bond. La perspective structurale permet en effet de concevoir le récit et ses séquences comme un jeu sur les axes syntagmatiques et paradigmatiques.

Ces motifs narratifs (si l’on adopte ici l’un des sens du « motif », celui d’unité élémentaire d’intrigue), ou ces séquences (dont on peut considérer qu’elles sont une suite combinatoire identifiable, régie par une syntaxe), ces « scènes à faire » sont interprétées comme des nécessités du récit ; ces éléments fonctionnels sont souvent clairement identifiables sous la mince couverture circonstancielle (lieux, noms, époque).

Étudier le stéréotype suppose de distinguer la place faite à ces motifs narratifs récurrents dans les romans qui se construisent sur des séquences plus ou moins ostensiblement reprises, que ce soit dans leur place particulière (deux contributions vont étudier des moments cruciaux de séries de récits : l’arrivée sur l’île dans la robinsonnade, le dénouement dans les romans populaires), ou dans leur motivation narrative (comme nécessité interne du récit). Par exemple, le roman maritime s’est construit autour d’une série assez limitée d’épisodes possibles.

Cette notion de stéréotype appelle celle de la série : un stéréotype narratif isolé, jamais repris tel quel, relève de l’originalité de la création, tandis que la reprise n’est pas anodine : elle peut être de l’ordre de la copie, du plagiat, de la récupération. Sans être impossible, cet usage de « secours » d’un écrivain peu inspiré n’en fait pourtant pas un stéréotype, et le plagiat ou la continuation sont rarement plus réussis que l’original (les suites de Merlin peuvent-elles dépasser le roman originel ?). Ils sont pourtant un hommage du vice à la vertu. C’est la question que l’on peut se poser pour certains textes dont le fonctionnement est par définition fondé sur la récurrence. En revanche, quand le même type de scène, le portrait attendu, la description convenue entrent dans un ordre paradigmatique, le texte assume alors cette répétition comme une commodité ou une nécessité.

[...]

Finale.ment, il n’y aura pas de révélation de ces motifs sans la présence implicite mais fort peu voilée de l’intertextualité, qui constitue un point de départ incontesté : dans le cadre de cette journée d’études, il ne s’agira pas tant de traquer les invariants de la littérature mondiale que de distinguer des stéréotypes cristallisant plus ou moins sciemment la codification d’épisodes reproductibles, mutatis mutandis, mais, si l’on peut dire, « minime mutatis ». En nous limitant à quelques exemples, nous tenterons de repérer la place et le fonctionnement de ces éléments stéréotypiques dans la constitution d’une certaine littérature dont l’effet premier n’est pas la recherche d’une création toujours renouvelée – à moins, donc, que la véritable création littéraire ne passe précisément par la récupération malicieuse ou virtuose de ces stéréotypes ou que la coopération du lecteur dépasse le projet de l’écrivain. En effet, rappelle Umberto Eco dans Lector in fabula, « il suffira que Souvestre et Allain, qui écrivaient pour un public populaire, tombent entre les mains du plus friand des consommateurs de kitsch littéraire pour que ce soit la grande fête de la littérature transversale, de l’interprétation entre les lignes, de la dégustation du poncif, du goût huysmansien pour les textes qui balbutient. Le texte, de « fermé » et répressif qu’il était, deviendra très ouvert, une machine à engendrer des aventures perverses ». Peut-on lire ce commentaire comme un défi à notre liberté interprétative ?

Odile Gannier


Responsable : Odile Gannier

Url de référence :
http://revel.unice.fr/loxias/

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