Les falsifications de l'Histoire accompagnent les exterminations et les génocides comme leur ombre.Elles sont comme le prolongement du crime lorsque la vie est redevenue « normale ». Elles revêtent des formes innombrables, dont les plus constantes sont la mise en place de récits falsifiés des événements, récits dotés d’une plus ou moins grande légitimité selon la qualité de ceux qui les émettent. Mais elles passent aussi par l’effacement des traces, la rétention ou la destruction des archives, la réduction au silence des témoins, l’emploi systématique d’euphémismes ou d’expressions inappropriées, l’imposition d’un enseignement de l’Histoire tendancieux, lacunaire ou mensonger et de « versions officielles », la lutte contre la diffusion des versions plus véridiques et contre l’apparition d’un espace public de discussion.
Ce que l'on nomme couramment "révisionisme" ne saurait ainsi se réduire à l'agitation conduite par quelques groupes de fanatiques et à leurs récits aberrants, comme c’est le cas dans des pays comme la France ou les Etats-Unis, où la mise en doute de l’existence des chambres à gaz demeure, pour l’essentiel, le fait de quelques personnes isolées. Tout au contraire sont le plus souvent en cause, dans les falsifications de l’Histoire moderne et contemporaine, de puissantes coalitions d’intérêts variés, impliquant des autorités établies, des forces sociales et économiques, des groupes communautaires, des secteurs d’opinion, des personnalités politiques ou intellectuelles... Plus les actions criminelles ou les violences massives ont découlé de décisions prises par des autorités légitimes, et plus s’avèrent en général persistantes et variées les tentatives de faire perdurer des récits falsifiés ou lacunaires.
Ce colloque se donne donc pour objet d’analyser, sous des angles multiples, les stratégies au moyen desquelles des autorités, des groupes d’intérêts et des individus organisent la falsification d’un passé criminel ou s’activent en vue de son déni, ainsi que les voies contraires par lesquelles peut s’élaborer le travail de la mémoire. Cette analyse prendra notamment la forme d’une étude comparative menée dans deux aires géographiques très éloignées, l’Europe de l’Ouest et l’Extrême-Orient, chacune de ces aires étant elle-même étudiée à partir de plusieurs exemples différents. La période envisagée sera celle de la seconde Guerre Mondiale, de l’après-guerre et de la décolonisation. Ces comparaisons, menées en croisant les aires géographiques et les pays, devraient permettre de mettre en valeur des situations à la fois proches et contrastées, et d’engager une réflexion plus large que si n’étaient en jeu qu’une ou deux expériences.
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