
Faunes. Poésie, corps, danse, de Mallarmé à Nijinski
Pascal Caron
Champion, 2006
Comment un poème fait-il parler la danse, et un ballet, la poésie ? Quand Vaslac Nijinski présente le Prélude à l'après-midi d'un faune au Théâtre du Châtelet, en 1912, il semble que le rêve de Mallarmé se réalise. Ce rêve ? Porter à la scène L'Après-midi d'un faune, initialement conçu pour elle ; redonner au spectacle la force d'un rite et installer un site qui ait l'autonomie d'un temple. Avec les Ballets russes, la correspondance entre les arts aurait trouvé se formule exacte par-delà le programme wagnérien. Avec Nijinski, la danse se serait dégagée du réalisme psychologique ou merveilleux qui la masquait, redécouvrant un corps arraché à lui-même par les esthétiques classique et romantique. Mais si du poète au chorégraphe, en passant par Debussy, un régime s'inaugure, où chaque pratique dialoguera avec une autre sans soumission, les discours qui s'efforcent de comprendre ce déplacement épistémologique, eux, hésitent et se croisent. Et encore aujourd'hui. En examinant comment Mallarmé et Nijinski ont été mis en relation, ce livre veut aussi rappeler la complexité d'un faune, emblème d'un trouble qu'on appelle modernité. Pour comprendre les enjeux esthétiques et littéraires qu'il représente, il faudra courir nous-mêmes le risque du divers, des traités de danse aux méthodes de notation du mouvement ,des discours anthropologiques et philosophiques au poème de Mallarmé, en passant par ses articles sur le ballet. D'ailleurs, comme Nijinski, le poète nous l'a montré : l'écriture et la danse sont plurielles en tant que pratiques. De là qu'elles aient été saisies par ce corps de faune, mouvant et hybride, dont on ne sait jamais si l'apparition sera favorable ou funeste.
Né en 1975, Pascal Caron est chercheur postdoctoral affilié à l'Université de Montréal.
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