Arnaud Buchs et Yves Bonnefoy, Yves Bonnefoy à l'horizon du surréalisme. La réalité à l'épreuve du langage et de l'image précédé de Le carrefour dans l'image, coll. “Débats”, éditions Galilée, 2005, 380 p., 35 euros.
Présentation de l'éditeur:
Pour lire l'oeuvre d'Yves Bonnefoy, essayons de remonter à
ses origines : à peine quelques poèmes et essais surréalistes publiés entre
1946 et 1951. Ce sont là des textes que la critique considère habituellement
avec l'indulgence accordée aux débuts d'un auteur, la période surréaliste du
poète étant en l'occurrence perçue comme une curiosité qui ne mériterait guère
que l'on s'y arrête, sinon pour en faire l'antichambre de " l'oeuvre
véritable ". Je propose au contraire de lire ces pages en elles-mêmes et
d'abord pour elles-mêmes. Or une telle lecture, parce qu'elle se veut critique,
ne peut éviter une confrontation avec la lecture que Bonnefoy fera lui-même de
ses premiers écrits, des années 1950 à aujourd'hui. Deux perspectives
traversent ainsi l'analyse, qui proposent deux niveaux de réflexion. J'ai,
d'une part, replacé les textes surréalistes dans leur horizon d'origine, où le
langage, l'image et la réalité jouent un rôle prépondérant. Alors qu'elle vise
à interroger le monde par le langage, l'esthétique surréaliste fait pourtant
l'économie de toute poétique, le langage n'étant jamais remis en question.
Bonnefoy dépassera le surréalisme au moment où il fera du langage non plus le
moyen, mais l'objet de son questionnement : la poétique est une réponse à
l'esthétique, et ce dialogue initié dès la fin des années 1940 traverse en fait
toute l'oeuvre. Mais cette prégnance du poétique dans l'esthétique repose
d'autre part sur un questionnement de type herméneutique. Au-delà du langage ou
de l'image, c'est en effet le sens lui-même qui est problématisé, et ce
mouvement dialectique, s'il se laisse aisément suivre dans l'écart séparant les
textes surréalistes de leurs commentaires tardifs, agit aussi dans l'instant
même de l'écriture. Le sens n'est jamais qu'une origine du sens, il n'y a pas
de sens, pour Bonnefoy, sans (re) mise en question du sens. Poétique et
herméneutique sont dès lors inséparables, elles participent d'une même écriture
où ce que j'appelle le discours de l'oeuvre recoupe le discours à l'oeuvre ; les
deux perspectives de cette réflexion finissent donc par se rejoindre et peuvent
ainsi servir de prolégomènes à une relecture de toute l'oeuvre de Bonnefoy.
Sommaire:
· La révolution la nuit : position du
surréalisme
· Vers une phénoménologie poétique : " la nouvelle objectivité " et la transcendance du langage
· " Le coeur-espace " et l'écriture du rêve
· Réponse à une enquête : l'image, déjà
· Le Traité du pianiste ou le langage comme seule limite
· L'image encore et toujours (palimpsestes) : " l'éclairage objectif " et quelques textes politiques
· " Anti-Platon " : un platonisme malgré tout
· " Sortir " du surréalisme : Rupture inaugurale et " donner à vivre "
· " Sur le concept " ou le langage comme rupture