

Paul Ricoeur est mort vendredi à l'âge de 92 ans. Plusieurs générations de philosophes et de spécialistes de littérature lui doivent aussi bien leurs instruments intellectuels qu'une façon de se rapporter aux oeuvres et une confiance radicale en la littérature pour donner forme à notre identité, à nos communautés et et à notre rapport au passé. C'est dans son sillage que les sciences humaines et la littérature ont pris le tournant éthique qui définit notre moment intellectuel.
Karl Jaspers et la philosophie de l'existence (avec M. Dufrenne), avait marqué en 1947 son entrée en philosophie et son engagement dans l'existentialisme, avant que sa pensée ne prenne la voie, jamais désavouée, de la phénoménologie, de l'herméneutique, et d'une morale des capacités et de l'action.
Dans tous les domaines de pensée que ses travaux ont traversé, de l'exégèse à l'épistémologie, de la politique à la poétique, en passant par la philosophie analytique et les pensées du droit, Paul Ricoeur a imposé l'exigence d'une représentation complète du sujet, dans ses capacités rationnelles et pratiques aussi bien que dans le sentiment de sa propre intériorité.
En 2000, il publiait son dernier grand ouvrage, La Mémoire, l'histoire, l'oubli, et faisait de cette réflexion sur la fidélité au passé, sur la faute et sur le pardon, un véritable testament intellectuel et moral. Le Parcours de la reconnaissance, qui a clos son oeuvre en 2004 nomme pour chacun de nous la situation de dette et de gratitude dans laquelle nous nous trouvons.
Parmi les oeuvres de Paul Ricoeur:
Robert Maggiori a consacré à Paul Ricoeur un bel article d'hommage dans l'édition de samesi de Libération: http://www.liberation.fr/page.php?Article=298162