

Anne Weber, Auguste, tragédie bourgeoise pour marionnettes
Préface et éclaircissements par Pierre Pachet
Le Bruit du temps
20 janvier 2010, 160 pages
Auguste est un livre hors norme. Anne Weber y relate l'histoire peu connue d'Auguste, fils de Goethe, et de l'« ouvrière en fleurs artificielles » Christiane Vulpius. Construit en une succession de scènes dialoguées, en vers ou en prose, entre-coupées par les interventions d'un « choeur de vieux weimariens », le livre évoque tout le petit monde de Weimar comme un théâtre de marionnettes. Les vers et les chansons à la légèreté dansante auxquels l'auteur a recours lui permettent de donner une expression à des personnages simples, qui ne sont pas poètes : Auguste lui-même, fils écrasé par la stature et l'égoïsme génial de son père Goethe, éprouvant sans se révolter l'amertume d'une vie qui finira par le conduire en Italie, où il achève de se consoler dans le vin ; sa mère Christiane, toute dévouée au grand homme qui a bien voulu l'épouser, courageuse à l'approche de la mort, aimant danser et boire ; le fils de Schiller enfant ; les rudes soldats français ; l'officier prussien Ferdinand ; et le narrateur lui-même, ému par la pièce qu'il présente et comme intimidé par l'audace avec laquelle il redonne vie à ces personnages illustres.
Comme l'écrit Pierre Pachet, qui présente le livre : « nous admirons
l'art, la grâce et la sensibilité humoristique et douloureuse à la fois
dont fait preuve l'écrivain franco-allemand en suivant avec empathie le
destin d'un être sacrifié et conscient de l'être, comme il est
conscient de ses limitations, et en manifestant une tendresse
compréhensive pour la mère d'Auguste, comme si sous nos yeux Anne
Weber, endossant les habits démodés de ses héros, considérait sa propre
personne et son propre destin pour s'en affranchir en y puisant la
matière d'une oeuvre. Elle confie que c'est en relisant Lotte à Weimar,
le roman de Thomas Mann, que lui est venue l'idée de tirer Auguste de
l'oubli relatif et de la mort, se reconnaissant un peu en lui et en son
destin, malgré la différence des sexes, des temps et des lieux. »
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