

A quoi bon la littérature ?
La littérature, pas plus que les autres piliers de ce qui constituait jadis la « culture humaniste », n'a pu échapper à une profonde remise en cause de sa légitimité en ce début de millénaire. Loin derrière nous, apparemment, est le temps où la littérature nous donnait des outils pour penser le monde : beaucoup considèrent aujourd'hui que les avant-gardes historiques, qui lui attribuaient une mission révolutionnaire, ont péché par présomption ; du même coup, la fin de l'idéal avant-gardiste semble s'être accompagné d'une restriction du champ littéraire. D'une part, la littérature, vivement concurrencée par les arts visuels, est souvent réduite à son rôle d'évasion imaginaire, d'autre part, bon nombre des écrivains les plus représentatifs de notre époque se réclament d'une esthétique post-moderne qui fait de l'écriture elle-même, voire de son impossibilité, son principal sujet. Corrélativement, alors que dans les années 60, la critique littéraire semblait fournir à toute une part des sciences humaines des outils d'analyse, celle-ci ne semble plus aujourd'hui qu'affaire de spécialistes.
La littérature, a-t-elle encore une prise sur le monde d'aujourd'hui ? N'en tirons-nous pas toujours une forme de connaissance pour vivre ? Malgré des questionnements insistants, des dizaines de milliers de livres continuent à être publiés chaque année, et des littératures nationales longtemps marginalisées entrent en force dans la « République mondiale des lettres ». La crise de la littérature serait-elle une obsession propre aux vieilles littératures occidentales ou, au contraire, un thème qui traverse tous les pays et toutes les époques ? Comment les différentes traditions ont-elles pensé le sens de la littérature et comment leurs conclusions peuvent-elles éclairer le débat actuel?
A supposer que la littérature puisse encore nous donner à saisir le monde, plusieurs pistes s'ouvrent à nous : cette connaissance pourrait être d'ordre moral ou éthique, la littérature mettant en scène des conduites humaines qui nous renvoient aux dilemmes auxquels nous devons faire face. Le savoir de la littérature pourrait également être d'ordre politique : partageant le monde sensible de façon inédite, elle offre un espace spécifique qui, même quand il ne relève apparemment pas d'un engagement actif, reste politique. Ce ne sont que deux pistes parmi un grand nombre possible pour saisir l'emprise paradoxale de la littérature sur la réalité.
Les propositions de communication (3000 signes), accompagnées d'une brève bibliographie et d'une courte présentation du rédacteur, doivent être envoyées avant le 20 mars 2007 à l'adresse : lgcrevue@gmail.com.
Site de la revue TRANS- : http://trans.univ-paris3.fr.
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